La forêt amazonienne a été décrite comme la plus grande forêt vierge du monde : un espace immense, ancien, sauvage, presque intact. Pourtant, sous certains secteurs de l’Amazonie se trouve une terre noire extraordinairement fertile, appelée terra preta do índio, littéralement « terre noire des Indiens ». Elle contient du charbon, des fragments de céramique, des os, des déchets organiques et des traces d’occupation humaine.
L’Amazonie n’est pas seulement un milieu naturel dans lequel les êtres humains se seraient installés. Elle est aussi le résultat d’une relation très ancienne entre les sociétés humaines, les plantes, les sols, les animaux et le fleuve.
Cela ne veut pas dire non plus que toute l’Amazonie aurait été plantée comme un jardin. Mais une partie de la forêt amazonienne peut être comprise comme une forêt enrichie, sélectionnée et transmise à travers les siècles.
Une forêt amazonienne qui n’a pas toujours été « sauvage »
L’idée de l’Amazonie comme forêt primordiale vient en partie du regard européen porté sur la région après la colonisation. Lorsque de nombreux explorateurs ont parcouru la forêt à partir des siècles suivants, ils ont rencontré des zones très boisées, avec peu de villages visibles.
Au fur et à mesure des explorations des 20ème et 21ème siècles, des indices d’anciennes civilisations ont été mis en évidence : la composition du sol, les fragments de poterie, les reliefs artificiels, les fossés, les canaux, les arbres fruitiers ou les palmiers favorisés par les habitants.
L’Amazonie actuelle contient donc parfois des paysages qui paraissent naturels, mais qui portent encore la mémoire d’occupations et de pratiques très anciennes.
La terra preta : une terre noire créée par les sociétés amazoniennes
La terra preta est l’un des indices les plus étonnant de cette histoire méconnue.
Dans une grande partie de l’Amazonie, les sols naturels sont anciens, très lessivés par les pluies et relativement pauvres en nutriments adaptés à l’agriculture. Des sociétés humaines ancestrales ont pourtant trouvé des moyens de produire durablement dans cet environnement.
La terra preta est une terre sombre, beaucoup plus fertile que les sols voisins. Elle contient une bonne partie de carbone stable, issu de matières brûlées ou carbonisées, ainsi que des apports répétés de restes alimentaires, d’os, de cendres, de végétaux, de déchets domestiques et de fragments de céramique.
Ce n’est donc pas un sol naturel né par hasard. C’est un sol fabriqué et entretenu, enrichi par des activités humaines autour d’anciens lieux d’habitation.
Cette fertilité est étonnante car elle peut persister pendant des siècles, voire des millénaires.
La terra preta montre que les peuples amazoniens savaient transformer le sol sans l’épuiser pour créer des espaces agricoles ou horticoles productifs et en partie « autorégenerant ».
Une technologie du sol avancée
Le modèle agricole de l’Amazonie ancestrale n’a rien à voir avec nos monocultures industrielles. Dans sa philosophie, il en serait même à l’opposée.
Dans de nombreuses régions, les pratiques reposaient sur une mosaïque de milieux : jardins proches des habitations, zones de culture, arbres fruitiers, palmiers, clairières, boisements secondaires, rivières, marécages, zones de pêche, parcours de collecte et forêts plus éloignées.
La gestion du sol pouvait inclure le défrichage ponctuel, le feu contrôlé, la plantation, la transplantation, la sélection de graines, la protection de certaines essences, l’élimination d’espèces peu utiles comme l’entretien de plantes spontanées.
Ce type d’organisation ne crée pas une séparation nette entre « forêt » et « agriculture ». Il crée plutôt une forêt productive, où les plantes sauvages coexistent avec les plantes cultivées.
Dans certains secteurs, elle a pu devenir une forme de jardin-forêt à grande échelle.
Certains arbres semblent avoir été choisis
Des études réalisées à l’échelle du bassin amazonien ont montré que certaines espèces d’arbres associées à l’alimentation ou aux usages humains sont fréquentes autour des anciens sites archéologiques.
C’est le cas de palmiers et arbres produisant des fruits, des graines, des huiles, des fibres, du bois ou des matières médicinales. Le palmier pêche, le cacao, l’açaï, le noyer du Brésil et d’autres espèces utiles ont pu être favorisés, déplacés, plantés ou protégés par les populations qui vivaient là.
Les oiseaux, les singes, les rongeurs, les chauves-souris et les cours d’eau dispersent aussi les graines. Mais lorsque certaines espèces se concentrent près d’anciens villages, de sols noirs ou d’infrastructures précolombiennes, l’hypothèse d’une intention agricole est difficile à écarter.
Des villages, des géoglyphes et des paysages organisés
La terra preta n’est pas la seule preuve. Les archéologues ont identifié des structures qui témoignent d’une organisation territoriale beaucoup plus importante que ce que l’on imaginait autrefois : villages circulaires, fossés, levées de terre, monticules, routes, places centrales, canaux, champs surélevés et géoglyphes.
Ces découvertes montrent plutôt qu’il existait de nombreuses sociétés, avec des organisations différentes, des techniques adaptées à leur environnement et parfois des réseaux régionaux importants.
Certaines zones ont été très densément occupées. D’autres ont été moins transformées. L’Amazonie ne peut donc pas être résumée par une seule formule.
Les recherches montrent aussi que certaines zones de forêt de terre ferme, notamment dans le nord-ouest amazonien, présentent pas de signes d’impact humain sur plusieurs millénaires.
Il y a des espaces très transformés, des espaces gérés à faible intensité, et des zones qui ont été habitées et des régions restées beaucoup moins marquées par l’action humaine.
L’Amazonie est-elle une trace de l’Atlantide ?
Ce qui peut faire penser à l’Atlantide, c’est l’idée d’un monde ancien beaucoup plus organisé qu’on ne l’imaginait et vivant plus harmonieusement avec la nature que nos sociétés modernes dont les modèles ne sont pas durables.
En amazonie, on trouve des sols artificiellement enrichis, des réseaux de villages, des terrassements, des routes, et des paysages forestiers façonnés sur plusieurs siècles.
Les découvertes par lidar en Bolivie ont notamment mis en évidence un urbanisme préhispanique à faible densité, avec de grands sites reliés et structurés ; les travaux sur la terra preta confirment que ces terres noires sont largement d’origine anthropique (humaine) et liées à des installations sédentaires précolombiennes aujourd’hui disparues.
Mais cela correspondrait davantage à une « Atlantide amazonienne » : des civilisations forestières complexes, largement effacées par les épidémies, la colonisation, l’abandon des sites et la reconquête végétale.
Ce n’est pas le modèle décrit par Platon. Dans Timée et Critias, l’Atlantide est une grande puissance maritime insulaire, située au-delà des Colonnes d’Héraclès, opposée à Athènes. Le récit ne parle pas de forêt tropicale ni d’une civilisation sud-américaine, mais plutôt d’une civilisation de l’Atlantique, sans doute plus proche des Açores que de l’Amérique du sud.
Une mémoire sous les arbres
La forêt amazonienne n’est donc ni une pure nature sans humains, ni une fabrication totale de l’homme.
Sous ses arbres se trouvent les restes d’anciens villages, de jardins disparus, de chemins, de sols enrichis, de générations de gestes répétés avec un savoir propre.
Aujourd’hui, l’Amazonie ressemble moins à une forêt « contrôlée » qu’à une immense archive écologique, dans laquelle la terre, les plantes et les formes du paysage gardent la trace des relations anciennes entre les humains et le reste du vivant.
Liens:
L’Atlantide selon Bashar : chronologie et preuves géologiques