Le business du mystère OVNI : et si un vrai contact ruinait ceux qui vivent de la divulgation ?

6–9 minutes

Depuis des décennies, le sujet OVNI — ou UAP selon la terminologie institutionnelle récente — est devenu un thème important dans l’espace médiatique.

On est passé des pulps et séries de science-fiction des années 1950 et 1960 à un écosystème contemporain fait de témoignages militaires, d’auditions politiques, de documentaires, de chaînes YouTube spécialisées, de podcasts, d’applications de “contact” ou de newsletters payantes : autour du phénomène s’est progressivement constituée une véritable économie.

On parle souvent de vérité cachée, de divulgation imminente ou de révélation historique. Mais une question plus rarement posée mérite attention : si un contact extraterrestre clair et incontestable survenait réellement, que deviendrait toute l’économie actuelle du mystère ?

Les aspects économiques actuels

Une économie bien réelle

Le phénomène OVNI ne repose pas uniquement sur des récits ou des convictions. Il alimente aussi un marché mondial, parfois discret, parfois très visible.

Autour du sujet gravitent aujourd’hui :

  • créateurs de contenu spécialisés ;
  • auteurs et maisons d’édition ;
  • réalisateurs de documentaires ;
  • conférenciers ;
  • événements privés ;
  • applications mobiles ;
  • merchandising ;
  • coaching spirituel ou expériences de “contact”.

Pour certains acteurs, le sujet représente une activité secondaire.

Pour d’autres, il constitue un véritable modèle économique.

Il faut quand même souligner que pour une fraction minime, il s’agit d’une activité de passionné, sans réel recherche de profit, mais plutôt de soutien à une activité chronophage et parfois couteuse (avoir un site internet, produire des vidéos de qualité…).

Ce qui est vendu n’est pas toujours la preuve

Cette économie repose rarement sur des preuves matérielles d’origine non humaine. Dans bien des cas, le produit vendu est ailleurs :

  • la promesse d’accès à des informations cachées ;
  • l’impression d’être en avance sur le grand public ;
  • l’attente d’une révélation prochaine ;
  • l’appartenance à une communauté initiée ;
  • le frisson du mystère permanent.

Ce qui crée de la valeur n’est pas la vérité en elle-même, mais l’incertitude organisée.

Le mystère comme actif économique

Un mystère durable possède plusieurs qualités marchandes :

  • Il retient l’attention : chaque rumeur, vidéo floue ou déclaration ambiguë relance l’intérêt.
  • Il se renouvelle sans fin: une question non résolue peut produire du contenu pendant des décennies.
  • Il permet la segmentation : certains vendent l’approche scientifique, d’autres la spiritualité, d’autres encore la géopolitique ou la conspiration.
  • Il fidélise : Le public revient régulièrement pour “la prochaine grande révélation”.

Certains « followers » demandent aussi une « garantie » que le message, le livre ou autre support vendu est bien « canalisé », garantie qui n’existe que dans les paroles du vendeur.

Dans le marketing contemporain, le mystère ou des arguments partiellement invérifiables permettent de renforcer la valeur perçue d’un produit auprès d’un public dejà acquis – consciement ou non – à certains arguments. La Crème de la Mer, qui a eu beaucoup de succès aux USA, s’appuie sur le récit du “Miracle Broth”, un ingrédient entouré d’un imaginaire de secret, de fermentation et de régénération. SK-II fait de même avec le Pitera, présenté comme une découverte presque miraculeuse. Dans un autre registre, certaines eaux minérales ou compléments alimentaires vendent des notions abstraites comme la pureté, la vitalité ou la détox. On a aussi souvent vanté des produits « verts », ce qui a obligé à produire une loi interdisant ces arguments invérifiables et souvent faux ou exagérés (greenwashing).

Dans Le Corbeau et le Renard de La Fontaine, le renard utilise la flatterie pour obtenir le fromage. En marketing, le mystère est la flatterie d’un aspect fort du client potentiel. On flatte ici sa croyance afin de faire pencher la balance du doute dans le sens d’un achat. La morale de la fable, “tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute” s’applique au marketing quand le consommateur achète moins un produit démontré qu’une promesse valorisante pour lui ou pour ses croyances.

Tout celà ne disqualifie pas les OVNI ou la canalisation, mais permet de rappeller que nous sommes, pour l’instant et jusqu’à preuve du contraire, dans le domaine de la croyance, puisque les preuves tangibles sont soit rares, soit inexistantes.

Ce qui nous conduit à nous poser la question de la preuve, si elle était donnée.

Et si le contact arrivait vraiment ?

Imaginons un scénario :

  • apparition publique mondiale incontestable ;
  • validation scientifique internationale ;
  • communication répétée ;
  • impossibilité de nier les faits.

Dans ce cas, une partie importante de l’écosystème actuel serait bouleversée, parce que la rareté informationnelle disparait et il n’est plus possible de monétiser des contenus du type « je sais ce qu’on vous cahe ».

Leur avantage concurrentiel repose souvent sur l’ambiguïté. Or une réalité établie tue l’ambiguïté.

On passerait d’une économie du mystère à une économie de la compréhension, avec une audience différentes, avec des attentes différentes.

Et si la vraie valeur était ailleurs ?

Il est possible que la véritable utilité du phénomène OVNI ne réside pas seulement dans la question extraterrestre, mais dans ce qu’il révèle sur nous-mêmes :

  • besoin de sens ;
  • défiance envers les institutions ;
  • fascination technologique ;
  • désir d’appartenir à un récit plus vaste ;
  • recherche de transcendance moderne.

Sous cet angle, l’économie OVNI, comme d’autres, monétise aussi des besoins humains profonds.

Où se situe AlienContactInfo dans l’économie du mystère OVNI ?

À l’heure où le phénomène OVNI alimente autant les débats sérieux que les récits sensationnalistes, il devient utile de distinguer plusieurs types d’acteurs. Certains vivent de la promesse permanente de révélations imminentes. D’autres cherchent surtout l’audience par le spectaculaire. D’autres encore utilisent le sujet comme simple divertissement.

AlienContactInfo entend occuper une place différente : celle d’un site de cartographie des récits, des croyances et des connaissances disponibles, dans une logique d’archive accessible, critique et ouverte, dans une optique de “Bridge Carrier”, c’est-à-dire un pont possible vers un monde subtil, tout en donnant des armes pour ne pas être embarqué dans des croyances contrôlantes incompatibles avec l’ancrage comme condition première de toute exploration lucide, libre et responsable.

Le projet ne consiste ni à annoncer avec certitude un contact extraterrestre en 2027, ni à ridiculiser systématiquement ceux qui s’y intéressent.

L’idée est plus simple :

  • rassembler les principales théories ;
  • classer les sources ;
  • comparer des prédictions ;
  • replacer les récits dans leur contexte ;
  • distinguer faits, hypothèses et folklore moderne.

Autrement dit : mettre de l’ordre dans un sujet désordonné.

Une hypothèse de travail : 2027 comme horizon culturel

L’année 2027 revient régulièrement dans certains milieux liés au contact extraterrestre, à la divulgation ou aux messages canalisés. Rien ne permet d’en faire une certitude.

Mais cette date existe désormais comme phénomène culturel.

AlienContactInfo la traite donc comme telle :

  • Qui parle de 2027 ?
  • Depuis quand ?
  • Sur quelles bases ?
  • Comment ces récits évoluent-ils ?
  • Que se passera-t-il si rien n’arrive ?

Même l’échec d’une prophétie est une information intéressante.

Le risque d’avoir l’air nigaud

Il faut le reconnaître franchement : si 2027 passe sans événement notable, beaucoup de contenus paraîtront naïfs rétrospectivement. À titre personnel, je serai extrêmement déçu car, je l’avoue volontiers, j’y crois, et pas seulement parce que d’autres l’ont dit. Il s’agit plutôt de nombreuses expériences intimes qui conduisent à explorer certains chemins. Mais, pour être honnête, il pourrait s’agir d’autosuggestion ou de souvenirs fabriqués, d’exutoires face à une réalité qui perd son sens.

Mais ce risque fait partie du projet et au fond ce n’est pas ce qui est le plus important.

Étudier les attentes collectives, les récits d’époque et les projections humaines a une valeur en soi. Si rien ne se produit, AlienContactInfo restera malgré tout :

  • une archive d’un imaginaire contemporain ;
  • un observatoire des croyances à l’ère numériques ;
  • un témoignage de notre époque.

Et si quelque chose se produit, le site aura servi d’outil préparatoire.

Conclusion

Si un contact extraterrestre clair survenait, une partie de l’industrie actuelle du mystère pourrait perdre brutalement sa raison d’être. Les vendeurs d’attente seraient remplacés par les interprètes du réel.

C’est peut-être l’un des enseignements les plus terrestres de tout le dossier OVNI : parfois, ce n’est pas la vérité qui nourrit un marché… mais son absence.

Mais tant que rien n’est tranché, l’ambiguïté demeure, et elle peut générer différentes formes de valeur. Il ne s’agit pas toujours d’en vivre ou d’en faire un commerce structuré : pour de nombreux passionnés, un simple soutien peut déjà aider à financer un site web, l’achat d’une webcam, un éclairage correct ou le temps consacré à produire du contenu.

Dans un monde où l’argent demeure l’unité pratique des échanges, certains, comme moi, ne cherchent pas nécessairement à transformer cette curiosité en métier, mais apprécient l’idée qu’un projet indépendant puisse un jour être soutenu par des dons, quelques produits dérivés ou une communauté fidèle.

Après tout, même les civilisations extraterrestres les plus avancées ont elles aussi une forme d’économie ou de système de valeur permettant de reconnaître et de rétribuer la contribution de chacun au bien commun.

Laisser un commentaire